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Jonathan Littell, un ovni en littérature

A première vue, il n'a rien d'extraordinaire. Pas très grand. Blond. Mince. Une petite boucle d'oreille à l'oreille gauche, une chevalière en argent au doigt. Il paraîtrait presque effacé, s'il n'y avait ce regard. Étrange et délavé. Présent et absent. Ce regard qui a l'air de se poser par hasard sur son interlocuteur puis le scrute presque cliniquement avant de plonger. Timide, Jonathan Littell, l'auteur des Bienveillantes, le roman dont tout le monde parle en cette rentrée ? Pas sûr. Sa réserve pourrait passer pour de la morgue. Son apparente fragilité dissimule une détermination et une opiniâtreté hors du commun. A priori, l'homme n'est pas sympathique, du moins dans sa partition face aux médias. Mal à l'aise, Littell génère le malaise. Son côté premier de la classe peut agacer.


L'auteur des Bienveillantes, Américain qui vit à Barcelone, s'est longtemps investi dans l'action humanitaire avant de signer un coup de maître pour son premier roman en se mettant dans la peau d'un bourreau SS.
(Le Figaro/ J.-J. Ceccarini)

Mais comme nombre de ces hommes qui ont vu l'horreur en direct, les souffrances, la mort, cet écrivain novice et doué, qui a travaillé durant des années pour Action contre la Faim (ACF), semble se moquer du jugement des autres. Il ne cherche pas à plaire. Ne s'embarrasse pas des conventions en cours dans le petit monde germanopratin de la littérature. Chez Gallimard, certains n'excluent pas qu'il puisse, au cas où il aurait le Goncourt, refuser de venir le chercher.

À contrecoeur, pendant une semaine seulement, afin de pouvoir s'occuper de l'installation, à Barcelone, de sa famille - sa femme belge qui travaille à Médecins sans frontières et ses deux enfants -, « la révélation de la rentrée littéraire » a tout de même accepté de rencontrer des journalistes, à la fin septembre. Il en a vite eu « marre ».

Reste une question. Pourquoi cet homme s'est-il lancé dans une telle aventure éditoriale ? Comment a-t-il pu songer à se mettre dans la peau d'un bourreau SS ? Ses origines juives ? Oui et non. Sa famille est arrivée de Pologne aux États-Unis à la fin du XIXe siècle et n'a pas eu à souffrir directement des persécutions de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette photo qu'il évoque souvent d'une jeune femme, pendue par les nazis à Kharkov ? Le film de Claude Lanzmann, Shoah ? Le besoin de comprendre, de remonter aux racines du mal ? Son copain Mousseau se souvient que, sur le terrain, l'engagement de Littell « touchait un peu à la fascination dans les situations de conflit, en Bosnie, en Tchétchénie, au Caucase. Quelque chose de fort semblait le toucher directement plus que la compassion ou l'humanité. Quelque chose de plus profond ».


Inscripciones y comunicaciones: info@lacasaquegrita.org

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